Mbvumbo/Ngoumba/Ngumba

Présentation générale du peuple Ngoumba/Ngumba/Mbvumbo

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1. Identité et appellations

Le nom Ngoumba/Ngumba est l’orthographe utilisée par les écrivains pour désigner le peuple Mbvumbo. L’ethnonyme Mbvumbo signifie “fierté, fertilité” et dérive du nom d’un village prospère fondé par le chef BOUERDJILA sur un affluent de la Mvila (actuelle Ebolowa). Les Mbvumbo font partie du groupe Kwasio (classé Bantu A81 par la linguistique), qui est lui-même intégré au continuum linguistique et culturel Bantu A80. L’ethnonyme commun suggéré pour l’ensemble des Bantu A80 est « Mfang Makina ».

Les Mbvumbo (Nti, Sagubé, Bigbali, Samal, Sabali, Sangouala (ou Sanwüala), Sanguo, Binzugo (ou Binambung), Bimbpang, Sampulè, Sabvila, Samapfua, Sanzeuh, Limanzuang, Bituer, Bindtuana, Bipongli, Biwüan, Biwüèlè, Sassandè, Sassiang, Sandeng, Biwandi, Bimbpalang, Biwambo, Sabvunda, Sanzil, Sagiong, Salulè (ou Salulè), Sambong, Sambuong) s’inscrivent dans le grand ensemble kwassio, au sein duquel ils constituent un sous-groupe apparenté. Leur parenté ethnoculturelle la plus proche inclut les Bisio (
Bimièni, Bimbpang (ou Bimpbang), Sampulè, Binamvulè, Bipful, Samong, Binambung, Samakiu, Sanzeuh, Bingungli) et les Mabi (Nti, Sabali, Sabouaga, Litumbo, Sabvila, Sakura, Biang Ma Nkiou (ou Samakoua), Bipah (ou Yenan), Sampani (ou Esamfan), Sambi, Sankiong, Bimièni), avec lesquels ils partagent des fondements linguistiques, historiques et culturels communs. Les Fang/Fang-Okak (Yemvam, Esseng (ou Essing), Esamfan (ou Sampani), Essemetüa, Bipah (ou Yenan), Esakora, Essignon, Ebevane, Yemvih, Yendjouk, Essakoï), les Bassa (Log Batjèk (ou Batjéki), Ndog Béa, Log Ntok), les Bagyeli, Bakoko, Evuzok, Enoa, Bulu Essakoï (clans Bulu assimilés par les Mabi) et Bakola ainsi que d’autres groupes (Bibani (clan maternel Mabi/clan Sambuong), Loambé (branche Koozimé/Mbvumbo), Yemeyema et Yanda (Benë/Ewondo/Bulu/Fang)) de la zone forestière méridionale, constituent, quant à eux, des peuples voisins et frères, liés aux Mbvumbo par des interactions anciennes — échanges, alliances, cohabitations territoriales — sans relever du même noyau de filiation directe.

Les Mbvumbo descendent de l’ancêtre KUASSIO par son fils Bobia. Leurs ancêtres proviennent des régions de savane autour des fleuves Mambéré et Sangha en Centrafrique. Ils sont entrés en forêt camerounaise par le Haut-Nyong (passant par Batouri et Bertoua), fuyant les Baya et les raids esclavagistes. La majorité s’est séparée des autres Bantu A80 près d’Abong-Mbang pour se diriger vers le Sud-ouest. Ils se sont fixés initialement entre Bipindi, la Mvila (région d’Ebolowa) et ses affluents vers 1628. Ils vivaient dans le territoire compris entre la Mambéré-Sangha d’une part, et les rivières Boumba et Djah-Ngoko d’autre part. Ils s’y étaient installés pour échapper aux expéditions des chefs Peulhs dans les savanes.

  • Dispersion, alliances et conflits :
    • Ils ont emprunté la route de l’Ouest (la forêt) pour échapper aux chevaux des guerriers Peulhs et ont été guidés par les Pygmées Badjélé.
    • Ils ont franchi le fleuve Nyong près d’Abong-Mbang sur un pont en lianes (Ndigintou).
    • Ils ont ensuite été attaqués par les Bakoko, ce qui a entraîné leur dispersion.
    • Ils étaient attaqués au Nord par les Baya, Kaka, et Yanguéré (qui fuyaient eux-mêmes l’emprise des guerriers Fulbés).
    • Ils subissaient au Sud les razzias fréquentes des habitants de la côte qui remontaient la Sangha pour s’approvisionner en esclaves.
    • Ils furent pourchassés de la région de Ngambè vers Bipindi par les Longasse (une tribu Basaa) dirigés par BATJEKI NAMB.
    • Ils étaient alliés aux Bakola (pygmées) et aux Fang-Okak.
    • Ils ont été délogés de la Mvila et du Ntem par les Bulu et les Ntumu entre 1870 et 1890.
    • Le chef NTUNGA NZIU a négocié l’établissement de son peuple à Bidjouka sur la rive droite de la Lokoundjé vers 1889-1890 pour échapper à la vengeance de l’officier allemand Curt VON MORGEN, après avoir organisé une résistance contre l’expédition allemande.
    • Le clan Nti a un équivalent chez les Basaa (Ndog Béa).
    • Le clan Binzugo a des équivalents chez les Bisio (Binambung), les Fang (Yemvam, Esengoa), les Bulu (Yekombo), et les Ewondo (Eben).
    • Les Makouk (Mbvumbo) ne s’entendaient pas toujours avec les Maka, qu’ils accusaient d’anthropophagie et de pillage.
    • Ils ont formé une alliance avec un chef Fang du nom d’EKOAN MBA.

Événements Historiques Notables

  • Guerres : Les Makouk (Mbvumbo) et Mabéa ont été attaqués une seconde fois par les Bakoko à Bipindi, ce qui a mené à la capture de six familles Makouk qui formèrent le groupe des Manzanga Mampoa.
  • Dispersion Finale : Ils ont subi une déroute et une dispersion à Ebemvok après une série de guérillas appelées “Oban” contre les Ntoumou et Bulu.
  • Système Politique : Les sources des premiers Européens indiquent que les Mfang Makina (y compris les Mbvumbo) étaient organisés en chefferies. Ce système, basé sur une autorité morale et non coercitive, était propice à la division et à l’affaiblissement en cas de troubles internes ou d’attaques extérieures.
  • Recherche de Sel : La recherche du sel marin est souvent avancée comme une cause de la migration des Kwasio vers l’Atlantique, mais l’ouvrage suggère que la recherche du sel extrait des mines à l’intérieur du continent pourrait être une raison plus valable pour leur dispersion initiale.

L’art Kwasio, connu sous l’appellation ngoumba-makina, est classé comme un sous-style de l’art Fang au Gabon et au Cameroun.


2. Localisation géographique

Les Mbvumbo vivent principalement :

  • Au Cameroun dans les localités de : Bipindi, Makouré 1, Koumbizik, Nkoumbala, Bidjouka, Mabiogo, Lolodorf, Akonolinga, Atok, Eséka, Abong-Mbang, Batouri, Bertoua, Doumé, Kribi, Ebolowa, Sangmélima, Edéa, Ngambè, Minlaaba, Yaoundé, Bongolo, Ngoyang, Ngovayang, Nkoampoer, Ngengé, Atog Boga, Nsola, Kouambo, Grand-Nzambi, Petit-Nzambi, Ndoua, Bandévouri, Bidou II, Bissiang, Ebomé (ou Boumé), Bifoum, Nyabessan, Ebemvok, Aloum-Bekom, Ndelle, Sobia, Akonolinga, Mefoup, Bidjouka, Miangadzio, Iyiguè Iyiguè (ou Iké Iké), Grand-Batanga, Bikoka.
  • Au Gabon dans les localités de : Ndjolé, Lastoursville, Makokou, Foulenzen, Kango, Assok, Assok-Seng, Booué, Abam, Agouma, Akoga, Alembé, Aourena, Ayem, Bakoumba, Batouala, Bifoum, Denga, Eba, Eboubou, Egoumbi, Fougamou, Kolabona, Koulamouto, Koumameyong, Kandjamabika, Lambaréné, Lalara, Mandji, Massaa, Massana, Mbigou, Mevang, Mimongo, Mingondza, Mouanda, Mouila, Nsok, Ovan, Oyan, Oyem, Sam, Sindara, Yeno, Yombi, Lindzé, Tsombial, Médouneu, Libreville, Rio Abini.
  • En Guinée équatoriale dans les localités de : Bumè (ou Ebuma), Nlendè (ou Elendé), Ntondo (ou Utondè), Matundi (ou Matungu), Bara (ou Bata), Ndugu (ou Ndogo, Dogo), Bicui, Matchindè (ou Machinda), Ndubè (ou Eduba), Niabiago, Bidjengè (ou Belungu), Bilundi (ou Bolondo), Mbini, Deogracias, Punta Mbonda I et II, Nuna (ou Numè), Sipuhr (ou Sipolo), Bilen, Sabimba, Bandyè, Manguma.

Leur territoire ancestral est caractérisé par :

  • Une forêt équatoriale dense,
  • Une forte biodiversité,
  • Un réseau d’étendue d’eau dense et riche,
  • Des espaces historiquement peu urbanisés.

Cette localisation a fortement influencé leur économie, leur cosmogonie et leur organisation sociale.


3. Langue et appartenance linguistique

La langue Mbvumbo appartient au groupe bantou, plus précisément au groupe A80 des langues forestières du sud camerounais.

Caractéristiques :

  • Tradition essentiellement orale,
  • Transmission des savoirs par les anciens, les rites et les récits,
  • Proximité linguistique avec les langues Bisio, Mabi et Kwassio.

La langue est porteuse :

  • D’un code moral,
  • D’une vision du monde,
  • De savoirs écologiques et spirituels profonds.

4. Organisation sociale et politique

La société Mbvumbo est traditionnellement structurée autour :

  • Du clan et du lignage,
  • De la chefferie traditionnelle,
  • Des sociétés sécrètes,
  • Des conseils d’anciens, garants de la mémoire collective.

Le pouvoir n’est pas seulement politique :

  • Il est symbolique, moral et spirituel,
  • Le chef est médiateur entre les vivants, les ancêtres et l’ordre cosmique.

Les décisions importantes (conflits, alliances, rites majeurs) sont prises de manière collégiale.


5. Cosmogonie et spiritualité

La vision du monde Mbvumbo repose sur :

  • Un lien permanent entre les vivants, les ancêtres et la nature,
  • La croyance en une force vitale circulant dans les êtres, les arbres, l’eau et la terre,
  • Des rites d’initiation marquent les passages de la vie (naissance, maturité, mort).

Les ancêtres ne sont pas morts :

  • Ils sont présents, protecteurs et parfois interpellateurs,
  • Les rituels servent à maintenir l’équilibre entre les mondes.

La forêt et les eaux sont :

  • Un espace sacré,
  • Une archive vivante de savoirs,
  • Un lieu d’épreuves et de révélations.

6. Activités économiques traditionnelles

Historiquement, les Mbvumbo pratiquent :

  • L’agriculture vivrière (manioc, banane plantain, igname),
  • La chasse et la pêche,
  • La cueillette de produits forestiers (médicinaux, alimentaires et rituels).

Ces activités sont encadrées par :

  • Des règles coutumières,
  • Des interdits (tabous),
  • Une logique de gestion durable avant la lettre.

7. Expression culturelle

La culture Mbvumbo s’exprime à travers :

  • Les danses rituelles,
  • Les chants initiatiques et funéraires,
  • Les masques et symboles liés aux forces invisibles,
  • L’art de la parole (proverbes, récits fondateurs).

Chaque expression culturelle a une fonction :

  • Éduquer,
  • Soigner,
  • Transmettre,
  • Rétablir l’harmonie.

8. Histoire contemporaine et enjeux

Au XXᵉ siècle, les Mbvumbo, comme d’autres peuples forestiers, ont été confrontés à :

  • La colonisation,
  • Les politiques d’assimilation culturelle,
  • La marginalisation de leurs savoirs et de leurs institutions.

Dans les années 1950, des élites et représentants de peuples apparentés (dont les Ngoumba) ont participé à des démarches politiques et pétitions, y compris vers des instances internationales, pour défendre :

  • Leurs terres,
  • Leur identité,
  • Leur droit à l’autodétermination culturelle.

Aujourd’hui, les enjeux portent sur :

  • La reconnaissance culturelle,
  • La transmission intergénérationnelle,
  • La protection des territoires et des savoirs endogènes.

9. Place des Mbvumbo aujourd’hui

Les Mbvumbo sont aujourd’hui :

  • À la fois ruraux et urbains,
  • Porteurs d’une identité en recomposition,
  • Engagés, pour certains, dans un travail de réappropriation culturelle, de documentation et de valorisation du patrimoine immatériel.

En synthèse

Le peuple Mbvumbo incarne une civilisation forestière, fondée sur l’équilibre entre l’humain, la nature et l’invisible.
Comprendre les Mbvumbo, ce n’est pas seulement étudier un groupe ethnique :
C’est accéder à une philosophie de vie, à une écologie spirituelle et à une mémoire africaine profonde.